Les barques pontées sur lesquelles les bretons de l’île de Groix vont à la grande pêche sont des mécaniques merveilleuses. J’ai entendu un ingénieur qui disait que le cuirassé le mieux dessiné est un monstre, comparé à ces solides et gracieuses coques, où la courbure, la pente, l’épaisseur sont partout ce qu’elles doivent être. On admire les travaux des abeilles mais les travaux des humains de ce genre ressemblent beaucoup aux cellules hexagonales de la ruche. Observez l’abeille ou le pêcheur, vous ne trouverez pas trace de raisonnement ni de géométrie ; vous y trouverez simplement un attachement stupide à la coutume qui suffit pourtant à expliquer ce progrès et cette perfection dans les œuvres. Et voici comment. Tout bateau est copié sur un autre bateau. Toute leur science s’arrête là : copier ce qui est fait, faire ce que l’on a toujours fait. ..méthode tâtonnante, méthode aveugle qui conduira toujours à une perfection plus grande … sur 100 000 bateaux de toute façon jetés aux vagues, les vagues ramèneront à peine quelques barques manquées et presque toutes les bonnes. On peut donc dire, en toute rigueur, que c’est la mer elle-même qui façonne les bateaux, choisit ceux qui conviennent et détruit les autres. Les bateaux neufs étant copiés sur ceux qui reviennent, de nouveau l’océan choisit si l’on peut dire, dans cette élite, encore une élite, et ainsi des milliers de fois. Chaque progrès est imperceptible.: l’artisan en est toujours à copier, et à dire qu’il ne faut rien changer à la forme des bateaux ; le progrès résulte de cet attachement la routine. C’est ainsi que l’instinct tortue dépasse la science lièvre… les propos
